lundi 23 avril 2007

Le Lecteur de Sherlock Holmes. Première Partie. Chapitre III. L'enfant et les sons.

Le garçon est devant son pupitre. Il écoute. Il écrit. C'est un enfant qui a le goût des sons, qui a le don des bruits. La nature, la ville, la maison, d'abord, il les entend. Puis sur son cahier, il note ce qui lui importe dans ce qu'il a perçu. Une habitude qu'il a, de fixer dans les mots, ce que le monde donne par son chant souvent fragile, fugace ou ordinaire. Cet enfant se méfie de la banalité. Les constantes du lieu où il vit, s'il n'y prêtait attention, le garçon pourrait craindre de ne pas les remarquer. Il a un exemple en tête. Son ami, l'autre jour, ne lui a-t-il pas décrit avec passion et minutie le plateau de Guizeh et l'aménagement interne de Chéops, la grande pyramide d'Égypte ?
A la simple question de savoir d'où vient le vent qui très régulièrement balaie la province où ils sont nés et où ils vivent tous deux, vent froid, humide et fort, qui enrhume si souvent son camarade "M D", ce dernier est resté sans mots, sans voix, sans réponse.

C'est pourquoi l'enfant se concentre sur la géométrie souple du sonore dont les lignes changeantes met ce qui l'entoure en position d'être révélé. Et il le note.

[...] Une force s'exerce sur les fenêtres.
Les carreaux tremblent. Le cadre craque. Certes, le vent les fait vibrer. Mais il n'est pas suffisant de dire que c'est le vent. Cela est trop général. D'abord, il vient de l'Ouest. A cette saison, c'est le souffle constant de la marée montante. Depuis la baie, à quarante kilomètres, il suit l'estuaire, s'engouffre dans la vallée, remonte le cours de la rivière et apporte l'humeur maritime à l'arrière-pays. Issu de la rotation de la terre et de l'évaporation dans l'atmosphère des eaux lointaines de l'Atlantique, de la Mer du Nord et de la Manche, c'est ce vent-là, profond respire de l'immensité océanique, qui fait grincer les vitres du salon. [...]

Le garçon a la passion de comprendre, ce qui l'entoure, ce qui sollicite immédiatement les sens. Un chasseur aux aguets, dans la forêt d'autrefois, n'aurait pas été plus attentif.

Dans cette pièce ou à l'orée des grands arbres, aujourd'hui comme il y a cent siècles, qu'importe ! Celui qui écoute, écoute nécessairement, chaque son, à fond.
[...]
Choisit-on d'entendre ?
Non. Caractère acquis. Immergées dans la masse aérienne, les oreilles espionnent les hautes sphères. Leur impénitente curiosité les fait s'épanouir. Elles grandissent, grossissent invisiblement, jusqu'à saisir le bord frangé du silence.
[...]
Regardez les oreilles. Chacune d'elles est adorable. Est un centre d'adoration. Pourquoi aller au Temple ou à l'Église quand on a de telles merveilles ?
[...]
L'organe est si petit eu égard à sa fonction. La droite et la gauche sont différemment orientées, diversement positionnées dans l'espace vibrant. Viseraient-elles à établir, l'une avec l'autre, une union acoustique ? Ambitionneraient-elles une science du son ? J'espère que cette connaissance poussera l'art de l'écoute jusqu'à l'amour total...


Il continue d'écrire. Sans tourner le regard, par le coin des yeux, il saisit le vol rapide d'un grand oiseau blanc. L'animal passe devant les fenêtres, traverse la rue dans toute sa longueur. Aussitôt le garçon s'émeut de la présence du volatile.
[...]
Le bruissement d'ailes et le sifflement des cris sont ceux du goéland. A qui s'adressent-ils ? L'oiseau a quitté la pleine mer, a suivi le vent jusqu'au centre des terres. Au dessus de la ville, il regarde et il crie, comme s'il cherchait quelque chose pouvant faire office de nid. Est-il là en avance, éclaireur de parages mystérieux ?

L'espèce voudrait-elle assurer la sauvegarde d'autre chose que le biologique ? Une attitude, un comportement, la naissance d'une mémoire, un nouveau caractère migratoire...?

Voilà qu'il repasse. A présent, le trait net de son vol accompagne un éclatant accord de piano. C'est troublant. Associée au cri aigu de l'animal, au vent qui tournoie dans le grave, la résonance de l'instrument est comme une production naturelle, pourtant ajoutée par l'homme, au concert du vivant. Des mains habiles tombent sur un vaste clavier et enchaînent les notes éparses. La conduite parfaite de la mélodie, par l'interprète, retrouve la justesse de l'émotion, d'abord éprouvée par le compositeur, qui en a codée la formule sur la partition. Chaque figure de style, blanche, noire, croche ou double croche, posée respectueusement sur les touches, reproduit un ordre musical qui bouleverse. Entendu, adapté et sublimé dans l'autrefois par un être qui se plaisait avec lui-même, le thème est aujourd'hui joué pareillement.

Quelque chose de grand se conserve. La
fidélité l'éternise.
Je ne sais rien de
l'interprète, si ce n'est qu'il vit de l'autre côté de la rue. Mais je sais que j'aime cette musique. Je suis sûr que j'aime ce piano.
[...]

Dans la pièce, pas plus qu'au dehors, la solitude n'est la compagne du garçon. C'est que le monde entier bruisse !
[...]
Il est certes restreint à la périphérie sensible du corps; taillé à la mesure des capacités réceptives. Pourtant, qu'y a-t-il de plus passionnant que de capter les chants du territoire ? Je me sens pile au centre de l'aire où le monde supporte ma présence. Là où l'intériorité s'alourdit et prépare sa réponse.
[...]

Ces possessions sensibles, pourquoi les accumuler à la surface de ses feuillés ? Son cahier doit-il être lu ? Quelqu'un d'autre trouvera peut-être de l'intérêt à se pencher sur ces petites observations. Elles serviront d'exemple type, indiquant la nature basique des exercices de perceptions qui, peu à peu, épaississent l'humain dans l'animal qu'est son corps. C'est une intuition. Un lecteur inconnu lit ce qu'il note sur son cahier. Un visage dont les traits le hantent depuis toujours. Comme si un très bel être qui le connaîtrait par ces notations, devait un jour, venant dont ne sait où, entrer dans sa vie.

Alors oui, le garçon tend l'oreille.

Des idées sont là, elles-aussi,
circulant autour de l'adolescent, directement attrapées par son esprit.
[...]
Que font-elles ici, ces intellectuelles, en cette province pluvieuse, loin du soleil, presque oubliée ?
Elles viennent, subtiles et claires, jaillissant sous la pression d'un réseau étrangement interne à cette maison.
[...]
Il a tant couru dans les escaliers. Il connaît chaque palier, chaque pièce, intimément. Il sait que la demeure tangible n'est que secondairement en cause dans le phénomène.
[...]
Poussées vers le haut depuis les étages au dessous, des impressions abstraites suintent du sol. Quelle est cette étrange géodésie qui semble provenir du cœur de la terre ? A l'air libre, pointant la direction du ciel, la maison étire l'effet tellurique. Et cependant, ni la terre, ni la maison, ni le ciel, ne se confondent avec le flux de ces idées. Ont-elles leur monde ? Existe-t-il une carte qui fasse le relevé de sa géographie ?
[...]
Du ventre de la gigantesque forêt ou du labyrinthe des rues, qu'est-ce que cela change ? Plus bas que les antiques racines ou au dessous des fondations, des idées ont été enfoncées dans chaque coin de la terre. Partout, elles sont le sub-conscient de l'endroit.
[...]

Depuis sa naissance, le garçon tend l'oreille.

"Il a une remarquable audition", a dit l'institutrice à sa mère.
Oui, de toutes ses forces, à sa manière, l'enfant guette le bord de l'audible. Habitude ancienne, nimbée par "la lumière spéciale" des débuts de la vie.
[...] Lumière ? [...]

dimanche 4 mars 2007

Le Lecteur de Sherlock Holmes. Première Partie. Chapitre II. Les Yeux ouverts.

Assis auprès d'une petite table, nos héros sont là. Face aux fenêtres, dans le soleil pâle de cette fin d'après-midi, ils prennent le thé. Derrière eux, crépite un feu ardent. Les dos s'y réchauffent. Sur des étagères, dans la bibliothèque, des ouvrages, anciens et récents, sont à la disposition des lecteurs. Un essai signé Thomas de Quincey est ouvert. Dans la cour d'une école toute proche, des enfant jouent. Les murs nus de la pièce font résonner leurs cris.

-Avez-vous un commencement d'explication quant à notre emménagement dans l'Hexagone, Holmes ?

Sherlock Holmes, les yeux fermés, écoute les bruits. Son attention se détache du dehors. Sur son visage, dans son corps, on voit la concentration se déplacer. Elle se sépare des rires enfantins et s'accroche à l'interpellation de son ami. Il ouvre les yeux.

- Vous souvenez-vous Watson, de cet article que j'avais eu la témérité de publier dans un journal, sous le titre "Le livre de la vie" ?

- Oui, très bien. Comment l'oublier ? C'était votre profession de foi. Je l'avais qualifié "d'impossible fatras"...

- Votre réaction était celle du parfait néophyte. Le temps et les évènements n'ont pas manqué pour que démonstration soit faite, qu'appliquée à la résolution des affaires criminelles, la méthode déductive sur laquelle je misais, portait un coup fatal au mal, dont l'action nauséabonde tendait alors à s'organiser. Intouchable doublure de la vie, chevalier de l'élucidation des affaires crapuleuses, avec votre aide, j'ai démontré qu'il était possible, rentable et louable, d'essuyer le trop plein des fautes commises.
Ah! Watson, dans cette lutte, nous avons eu nos succès.
Pour lui-même plus qu'à l'attention de Watson
Peut-être avons nous réellement protégé notre royaume du pire...

- Le pire ? Qu'entendez-vous par là ?

- Regarder sans voir. Entendre sans écouter. Parler sans motif. Lire sans nécessité. Vivre sans raison... lugubre litanie. Je vous en épargne couplets et refrain. Cela pourrait gâter votre bonne nature.

Si l'on avait lu et compris Wordsworth, de Quincey, quelques autres, les sombres nuages que la plupart ont vu s'accumuler à l'horizon auraient été pris en compte, bien avant que la tempête ne s'abatte sur le continent.

Pourquoi n'accorde-t-on pas plus de crédit à la parole des grands esprits ?

Prenez mon projet de salut public. Il ne se limitait pas à combattre la criminalité. L'ambition était plus large. Sans en faire part ouvertement, je n'ai jamais caché que les énigmes de l'esprit me passionnaient. Soit que je l'ai à demi déclaré, soit que votre sensibilité l'a ressentie, ce goût pour les manifestations tangibles de la suprême intelligence, transparaît dans les comptes-rendus de nos aventures. Si l'élite européenne des années 1900-1910 avait lu nos petites histoires, qu'un très large lectorat mondialisé portait déjà en triomphe depuis 20 ans, et si les gens instruits, en Angleterre, en France, en Allemagne, plutôt que de s'opposer et de se détester, avaient considéré ma force d'élucidation comme l'exemple même de la démarche intellectuelle à suivre et promouvoir, parce que pertinente et fédératrice, ils auraient inscrit au fronton de l'humanité, non pas les guerres et l'économie dévoyée, mais l'enquête méthodique, l'investigation dirigée, le goût d'éclaircir le mystère du monde. Son ombre, trop épaisse, allait se mettre en marche et devenir, ô combien active, déconcertante, inquiétante et destructrice.

Hélas! "Le livre de la vie"... je l'ai annoncé. Mais ne l'ai pas écrit. J'ai tant nui au crime, qu'à la fin, il a réclamé son dû : mon corps imaginaire épuisé, triomphant dans sa mission sacrificielle, s'est dilué dans les eaux tumultueuses de Meiringen.

- Les chutes de Reichenbach! Vous y pensez toujours! Je ne comprend pas. Vous en avez réchappé. "Le Retour ou la maison vide" en témoigne. Pendant que vous étiez en méditation, je relisais cet épisode. J'ai sous les yeux la fin de cette affaire. Dans la souricière que nous lui avons aménagé et où il a le malheur de se rendre, nous fondons sur l'ennemi. Sa stupéfaction est totale. Il vient de tirer sur votre silhouette, dressée sans peur, bien en vue, derrière une de nos fenêtres de Baker Street. Le tir fait mouche. Le meurtrier voit votre crâne voler en éclats. Pour lui, vous êtes un homme mort.

- Mon effigie en cire. C'est un français qui l'a réalisée. Watson... ne voyez-vous pas ce qui s'est passé ? Hélas, non. Il vous est impossible de le savoir. C'est le problème.

Il va me falloir être incisif. Acceptez-vous que j'outrepasse certaines étapes déductives pour donner rapidement le résultat ?

- Faites, Holmes. Cela sera sans doute moins douloureux.

- Puisqu'une partie de vous est encore accrochée à l'époque anglaise, permettez-moi de revenir dans le passé. La problématique est neuve. Je vais donc utiliser le présent de l'indicatif pour évoquer ce que nous avons vécu.

Dans les années 1890, "Les aventures de Sherlock Holmes" monopolisent le public au delà du prévisible. Nos enquêtes deviennent très populaire. La réussite est totale. Pourtant notre premier écrivain supporte mal que nous lui volions la vedette. L'ampleur du succès gêne Conan Doyle. Notre tendance à s'installer dans la vie l'effraie. En outre, il craint pour ses autres travaux, notamment ses romans historiques. Composées à la manière de Walter Scott, ces fresques, qui ont exigé tant de travail, sont reléguées à l'arrière plan. Il aimerait que le public s'y intéresse. Pourquoi les lecteurs donnent-ils si follement dans nos petites affaires ? Conan Doyle est inquiet. Il juge sévèrement les préférences littéraires de ses contemporains. Il est d'autant plus furieux qu'il est à l'origine de ce qu'il croit être une exagération romanesque de mauvais goût. Troublé, et même blessé, par le phénomène, il ne se pardonne, ni ne s'explique l'insolant triomphe. Il prend alors une grave décision: il se débarrasse de notre encombrante notoriété en se délestant de moi. Sous son impulsion, je disparais en 1893, dans les Alpes, en Suisse, au fond de "la rivière Reich".

Je m'éclipse et vous, mon ami, restez à la surface d'une page qui devient blanche. Votre cordialité ne couvrira plus l'écriture de nos récits. Le public proteste. Conan Doyle demeure inflexible.

Dix années passent. Soudain notre écrivain est d'humeur repentante. Il désire effacer son crime. De mauvaises langues affirment que l'argent d'un riche mécène l'aurait convaincu de reprendre la plume... Mais après que les remous du torrent m'aient englouti, que le courant m'emporte vers d'autres rives, un retour est-il possible ? Sir Arthur croit que oui. Il prétend me faire revenir. Il vous convoque et me ressucite.

Comme un comédien, Holmes change sa voix, il chuchote :

Le prétendu "Retour". La maison vide est à lire avec minutie. Pour tromper un redoutable adversaire, j'offre la tête du mannequin de cire. Elle explose sous l'impact de la balle. En pénétrant la fausse cervelle de pâte molle du pantin à ma ressemblance, le projectile suit des instructions conforment à ma dernière volonté. Prévenir le lecteur que l'exceptionnelle tête qui résidait au 221b Baker Street, à Londres, met en scène son irrévocable départ. En cet endroit, son travail est terminé. Qu'on se le dise: le prodigieux locataire n'est plus là.

Sa voix change encore, plus forte, feutrée :

Circulant avec les nombreux voyageurs des chemins de fer, nos aventures peuvent continuer de paraître dans la presse. Vous êtes authentique. Mais moi... Je laisse l'encre épaissir et alourdir la fulgurance de mon passage. Ce forcissement du trait a sa fonction : graver dans les psychés le souvenir de ma venue. Dans cette reprise, vous jouez avec mon ombre. Watson, vous avez noté ce geste: j'avais habillé mon double en cire avec une robe de chambre. A la toute fin du "Retour", j'ôte du mannequin ce confortable négligé et m'enveloppe dedans . Vous dites même que dans cette tenue familière, vous me retrouvez pleinement. Redoutable piège. Ralentissez cette action et l'intention s'en dégage. C'est là que je pars. Sous vos yeux, ma représentation vient d'être fracassée. Sous vos yeux, pourtant, son habit continue d'être porté. Qui est sous la cape ? L'occasion du retour, qu'on m'impose, je l'utilise. Je multiplie les signes. J'informe de la situation: transfert vers la France !

Souvenez-vous. Ce pays est mon dernier client. Mes pas ont résonné dans les somptueuses galeries du Louvre. La Joconde venait d'être volée. Pour le compte de l'État français, je la retrouve, faisant échouer l'arnaque conçue par l'abject Moriarty. Sa haine n'a plus de limite. La suite, vous est connue. La chute de Reichenbach met un terme à ses malversations, ainsi qu'à mon action dans la puissance anglaise.
Comme je l'avais fait pour la province du Devonshire, consultant une carte d'état major pour circonscrire le domaine de la lande, où sévissait le chien des Baskerville, avez-vous déjà examiné une carte précise du bassin rhénan ? On y voit tout. Ruisseaux, canaux, rivières et fleuve s'entrelacent et conjuguent leur flux. Tombé dans le Reichenbach, point stratégique du réseau, je me laisse porter par les vénules, veines et artères du schéma hydrographique. La discrète voie conduit en France.

La France. Elle m'avait appelée pour que je sauve son emblème. Elle restait mon dernier client. Lorsque Conan Doyle m'extirpe de son imaginaire, il met fin à notre collaboration. Entre lui et moi, affaire classée. Sans assignation, quelque chose de moi s'immisce dans ce territoire qu'à présent je rejoins totalement. Ce long voyage, mes ancêtres français en auront été les passeurs.

Ces faits n'ont jamais été porté à votre connaissance. Pourquoi, me direz-vous ? Parce que Conan Doyle n'en a rien su. Il ne s'est pas aperçu que la vulgarité n'était pas à l'origine de la fascination que nos enquêtes exerçaient sur les lecteurs. Il n'a pas constaté que ma présence dépassait les mots dans lesquels j'étais inscrit. Entité réelle, puissante et autonome, Sherlock Holmes est la vêture d'une donnée éternelle. Si elle accepte d'être portraiturée dans la fiction, elle ne loge que dans l'esprit.

- Je suis abasourdi. Que dire ?

Ce jour, si lointain, de 1893, celui de votre lutte contre Moriarty, aurait été tellement décisif...? Vous aviez réglé votre départ de main de maître, certes; mais je ne savais pas que cela puisse être vrai à ce point. Quand vous êtes revenu, évoquant votre voyage, vos séjours, au Tibet, à la Mecque, j'ai cru à ce récit. Il était bizarre. Mais j'y ai cru, ainsi qu'à votre retour!

- Évidence, mon cher ami. Aucun supplément de conscience ne vous avait été accordé. Vous étiez, de nouveau, le fantôme de notre écrivain. Lors du supposé Retour, de votre point de vue, rien ne change. Comprenez-le. Conan Doyle ne peut vous faire bénéficier d'une connaissance qu'il n'a pas lui-même. Son intérêt dans l'affaire ? L'argent ainsi que le sentiment d'une victoire. Peu responsable de mon incursion dans son imaginaire, désappointé par mon impact sur le lectorat, me réinventer lui donne l'illusion du contrôle. Sauf qu'à travers vous, il ne m'observe plus en direct. Mais il se souvient. S'instaure la rémanence de ma venue.

Watson est bouleversé. De part et d'autre d'une césure qu'il n'a pas vu, et que Sherlock Holmes lui indique, le fidèle narrateur découvre son rôle d'autrefois.

- Votre nature vous a échappée. Narrateur embarqué dans la narration, vous n'étiez pas en capacité d'appréhender votre définition.

Gravement, de l'index, Holmes s'effleure le front. Le doigt suit une ligne démarquant une zone inconnue qu'au fur et à mesure du geste, Watson qui l'observe, sent en lui-même. Confus, il se justifie:

- J'avais tout de même noté certains changements... L'impression, parfois, que vous étiez las. J'avais un argument, à chaque fois le même : l'épreuve du Reichenbach avait été rude. Peut-être un peu trop. Pour ne pas vous peiner, j'évitais d'aborder le sujet et carrément d'y songer. Peu à peu, je me suis fait à votre mélancolie. De toute façon, votre lutte contre le crime était toujours aussi acharnée, vigoureuse et efficace. Je me souviens de m'être dit que c'était la nature de nos affaires. Elles avaient pris le goût du quotidien. Elles avaient attrapé ce quelque chose de spleenétique. L'intrigue exceptionnelle, l'extravagant micmac se faisaient rares. Le caractère routinier des problèmes à résoudre, si inférieur à vos capacités déductives, émoussait votre désir.

Watson parle. Ne s'arrête pas de parler.

Du reste, vos séances d'absorption d'opium, de cocaïne, se sont multipliées. Presque chaque jour, vous êtes allé, dans cette chambre secrète du Conseil, recueillir le témoignage de votre guide... Sur cette pratique, mes mises en gardes, d'ami et de médecin, ont eu peu d'influence.

Non, Holmes. J'ai beau y réfléchir. Après votre retour, tout fut comme avant.
Peut-être le cœur n'était plus très vaillant. Le cœur... On vous a si souvent reproché d'en manquer. Moi le premier. J'ai cru ce que vous suggériez, à savoir que le style de votre intelligence excluait la tendresse. Comme si vous n'aviez pas d'aspiration personnelle... Oui, cela aussi, je l'ai cru.

Suis-je sot à ce point ?

Je n'ai rien vu. C'est trop fort. Presque cruel. En dehors de mille conjectures sur vos manies, réellement, je n'ai pas vu votre modification. Relié à votre entité résiduelle, à la persistance de votre mémoire, pendant des années, j'ai continué de seconder vos exploits.

- Mon cher ami. Constatez-le. L'inventaire que vous venez de dresser est déjà un supplément d'âme. Votre conclusion a du génie. Elle cerne au plus près la perception de Conan Doyle. Saviez-vous qu'il était médecin, spécialisé dans l'ophtalmologie ? Vous étiez son outil, Watson, sa lunette d'approche. Et c'est lui, pas vous, qui m'a regardé. C'est lui qui n'a pas soutenu du regard mon étrange luminescence. A travers vous, il m'a vu penser, agir, réussir dans le domaine de l'élucidation, là où personne n'avait à ce point réussi. Parce qu'il n'a jamais su qui j'étais, il n'a ni compris, ni accepté mon triomphe. Après m'avoir fait naître, il me tue. Puis il me fait renaître. Perceptions changeantes, toujours insuffisantes. Toutefois, il a l'extraordinaire modestie de vous doter d'une générosité et d'une fidélité, à mon égard, que lui-même n'a pas maintenu. Sa sensibilité vous a traversée pour me voir. Comme vous lui étiez supérieur, en constance et en abnégation, sa vue en a été ennoblie.

- Vous parlez de la vue, c'est étrange. N'ai-je pas été aveuglé ? Holmes! J'ai l'insupportable impression d'être dans la nuit.

- C'est exact. Mais votre statut change. A présent, vous pouvez voir.

Watson est au bord du visible.

- Tout c'est fait et défait dans mon dos, comme ce feu ardent, qui maintenant, derrière nous s'épuise.

- Avec le soleil de ce jour, ce feu s'éteint. Regardez le mur blanc, Watson. Nos ombres y palissent, leur contour se perd. Au fur et à mesure que vous prenez conscience de la nature de notre réalité, le John Watson se dématérialise, que vous aviez cru de chair. Les ombres s'effacent. Notre véritable condition va apparaitre.

- Vous avez légué à la France votre talent d'élucidation le plus haut. Holmes, je vous en prie, dites-le moi : qu'avons-nous à faire en France, en ce petit endroit ?

- La réponse est également dans "La maison vide". Puisque vous avez cet opus sous la main...

Il y a des arbres qui poussent jusqu'à une certaine hauteur et puis qui tout à coup développent une protubérance horrible. Souvent les hommes ressemblent à de tels arbres. Je professe une théorie selon laquelle l'individu représente dans son développement toute la série de ses ancêtres, ses brusques orientations vers le bien ou vers le mal traduisant une puissante influence qui trouve son origine dans son pedigree. L'individu devient, en quelque sorte, le résumé de sa propre famille.

Que pourrait faire un être de fiction à qui l'on a prêté des aïeux réels ? Parachever la destinée de sa lignée. Mes racines sont françaises, Watson. Mes aïeux huguenots ont du fuir les coups qu'en 1685, la révocation de l'Édit de Nantes fait pleuvoir sur eux. Ils vont en Angleterre. S'y installent. L'arbre familial se développe sous ce climat. J'apparais à Londres et donne une grande envergure au bel édifice. Mais la cime de mon arbre culminera sur la terre ancestrale. Simple application de la théorie: mon héritier est ici.

Avez-vous entendu les enfants ? A l'extérieur, leurs jeux bruyants ont accompagné le début de notre conversation. Puis le brouhaha s'est englué. Le bruit a cessé. Aucun détail ne m'échappe, vous le savez. Dans les cris, j'ai perçu le timbre de l'un de ces petits. Ecoutez, l'école est déserte. L'empreinte vocale, si légère, la voix flûtée, presque égale à celle de ses camarades, est entrée dans la maison. Déjà les petits pas résonnent dans l'escalier.

Le cher petit arrive. Je le connais par cœur. Son meilleur copain s'appelle Durozelle. Son ami intime, Secret-Roze. La fillette qui est amoureuse de lui, Roseline. Message qu'il comprendra. Ce garçon est un bouton de Rose dont j'ai senti le grisant parfum à la seconde où j'ai pris pied sur la rive de ma dernière mission. Un siècle avant sa floraison, la fragrance de cet être tournoyait dans l'air.

L'enfant va entrer, Watson. Préparez-vous. Il faut lui chuchoter ce que nous savons. Il faudra écouter tout ce qu'il en dira. Nous sommes de ses guides. Il doit être prêt. Dans un quart de siècle, il rencontrera son Maître et "Le livre de la vie" s'écrira. Il choisira le titre prévu : "Le Lecteur de Sherlock Holmes ou les Liaisons Heureuses".

Une porte s'ouvre. Un garçonnet de neuf-dix ans pénètre vivement jusqu'au centre de la pièce, vide. Le feu est éteint. L'évocation du Reichenbach disparaît.
Le nouveau venu
sursaute. Sur le mur, il est en persuadé, une légère nuance ombrée a bougé. Des présences habitent l'endroit. De temps à autre, elles lui font signe. Il les écoute. Il les aime.

mercredi 28 février 2007

Le Lecteur de Sherlock Holmes. Première Partie. Chapitre I.

- Mon cher Watson! Enfin vous voilà. Dites-moi vite, avez-vous fait bon voyage ?

- Le départ d'Angleterre a été, certes, mouvementé. Je ne m'attendais guère à cette précipitation...

- Ah! Mon ami, les circonstances l'exigent. Asseyez-vous, prenez ce confortable siège. Laissez-moi vous servir une tasse de thé.

- Notre logeuse viendra-t-elle...?

- Il ne faut plus songer à Madame Hudson. Ici, son vigilant potentat ne s'exerce pas. Nous sommes enclâvés dans une zone qui n'est plus le royaume domestique de Baker street.

- Dieu du ciel, où sommes-nous Holmes ?

- Au nord de la France, dans l'hôtel particulier d'une ville de province. A dire vrai, le cas est moins facile qu'il n'y parait. Notre localisation réelle est un mystère. Quant à notre nouvel hôte, son visage plein, rond et avenant parle en sa faveur. Je connais bien notre logeur. Il est fort sympathique. Nos échanges ont considérablement amélioré la qualité de mon français. Mister Olivier l'assure : quoiqu'un peu surannée, la syntaxe dont j'ai l'usage, est juste; mon phrasé est correct.

Holmes prend un livre sur une étagère et le présente à Watson, c'est le premier tome du Prélude de Wordsworth

Cet homme charmant veille à ce que la poésie nous précède.
Spenser, Shakespeare, Milton, seront toujours à portée de notre main.

En dépit des efforts qu'il fait, visiblement, pour se mettre en accord avec les chaleureux propos de Holmes, une expression de désarroi ne quitte pas le visage de Watson.

Mon cher ami, n'essayez pas de masquer les linéaments de votre pensée. La dissimulation de ce qui affecte l'âme réclame un talent que votre bienveillance vous refuse. Les hiéroglyphes de l'émotion se déchiffrent à même la chair. Ils n'échappent pas à ma vigilance. Le léger froissement des paupières, les commissures des lèvres, trop artificiellement levées, le moindre de vos mouvements, trahissent votre vie intérieure. Je vois bien que votre nervosité est tendue vers le passé, vers les êtres et les lieux que vous chérissiez. Je vous comprend. Moi aussi, j'ai erré sur la route nocturne...

Face à la tristesse de Watson, Holmes éprouve le besoin de faire des phrases. Il semble savoir précisément ce qui se joue en son ami.

Je vous donne ce conseil : dès maintenant, oubliez le décorum d'autrefois. Prenez vos quartiers dans cette nouvelle maison. Savez-vous que la cordialité française n'a pas disparue ? Les premiers jours qui ont suivis mon arrivée, ce constat fit ma surprise et ma joie. En ces murs, règne une profonde amitié. Allons John, consolez-vous. La France a du bon, vous verrez...

- Est-ce la langue française qui vous fait tant parler ? Qu'est devenu l'anglais de notre enfance ? Qui sommes-nous, Holmes ? Que faisons-nous ici ?

- Ne m'en veuillez-pas de ce que je vais dire. Mieux vaut tout de suite vous détromper. C'est en vain que votre attention s'envole dans la direction des souvenirs. Vous tentez d'emprunter une voie qui n'existe pas.

Holmes marque un temps.

Les anglais ont accueilli fraternellement notre duo. Ma force analytique et votre indispensable fidélité ont remporté une large audience. Vous et moi, sommes devenus les héros populaires du XXèmes siècle. Cependant... nos convictions, nos comportements, nos affections ont été décidé par...

- Mais enfin! Que voulez-vous dire ?

- Vous ne me laissez pas le choix. Nous sommes des personnages de fiction, Watson. Pas des vrais gens. Vous n'avez jamais vraiment vécu, ni réellement relaté aucune des aventures que vous pensiez vivre auprès de moi. Vous avez été le dupe d'un écrivain. Il vous a façonné à son image puis s'est glissé en vous. Sans vous le dire, il vous a fabriqué une vie très vraisemblable, où vous aviez épouse et amis, adresse et profession. L'action à laquelle vous pensiez participer, il l'a implanté dans le quotidien londonien, avec une telle vraisemblance, que vous avez cru réellement rejoindre la vie ordinaire de millions de lecteurs. Alors qu'à l'extérieur, cet auteur assumait et signait chaque mot tombé de sa plume, John Watson, lui, est entré dans la fiction pour ne jamais en ressortir. C'est le ruban de Möbius... Pourquoi ce romancier a-t-il utilisé ce procédé ? Quel était son but ?

- Holmes, c'est impossible. J'ai parfaitement conscience de ce que j'ai vécu, pensé, fait et écrit.

- Je n'en doute pas, mon cher ami. Mais avez vous le plus petit souvenir d'un fait qui aurait existé en dehors de la somme des aventures que vous pensez avoir consigné ? Ne sentez-vous pas le voile qui vous sépare du monde des vivants ? N'y voyez là aucun mal, aucun défaut, ni aucune insuffisance. John, vous êtes une créature livresque, une figure de l'imagination, vous n'existez que dans la jointure des mots.

- Incroyable. Toutes ces années, je les aurais passées niché à l'intérieur d'un opus romanesque ?

- Vous avez été le double, dans le roman, d'un homme avisé, ou alors... lui-même joué. En vous délégant dans son oeuvre, l'écrivain a réussi un exploit : comme les grecs en Troie, cachés dans la statue du cheval, son esprit est entré, par effraction, dans le domaine réservé de la fiction. Et là, cher John, vous m'avez rencontré. J'étais déjà dans la place. Je vous attendais. Et dans le captivant repli où s'élabore la pensée du monde, nous avons agit... Les récits, dont il vous a attribué la paternité, ont été traduits en toutes langues. Ces petits joyaux d'ingéniosité narrative ont établi, avec force, qu'existait une méthode efficace permettant l'élucidation de toute ténébreuse affaire.

- Cela dépasse l'entendement! Comment diable pouvez-vous savoir tout ce que vous dites, Holmes ?

- Approchez-vous de la fenêtre, Watson. Un simple regard sur le cadran du temps renseigne : l'aiguille n'indique plus la même heure. L'inexorable évolution a changé le visage de tout ce que notre premier auteur a connu. Ses intuitions, ses perceptions, ses idées, ses convictions, étaient strictement tributaires de son époque. Elle est révolue.

En piste, en piste ! Aujourd'hui, quelqu'un nous réengage. Ensemble, dans la langue française, nous reprenons du service. Car une puissante énigme subsiste que notre précédent auteur n'a pas résolu. Je résidais dans la structure fictionnelle. J'étais déjà dans le palais de l'imaginaire. Depuis une fenêtre, je vous ai vu traverser le jardin, approcher du péristyle. Vous avez franchi le seuil et dans le hall de l'imagination, en levant les yeux, vous avez aperçu ma haute silhouette. Mais qui suis-je ? Qui avez-vous rencontré ? Qui est le dénommé Sherlock Holmes ?

mardi 27 février 2007

26. In the sky, rainbow's arch!

Hier.
26 du mois de février. An de grâce, 2007. Normandie. Eure.
Dans l'après-midi, 17 heures, heure française. 21 heures 30, heure madrassienne.

Les deux pieds d'un gigantesque arc en ciel se sont posés sur la campagne normande. Toutes les couleurs étaient visibles. La pigmentation violette était particulièrement intense. Comme si le Peintre des nuées disait : voici le portique de l'amitié que je pose en plein ciel. Un pied est ici, l'autre en Inde. Je donne toutes les couleurs à tous. Mais vois, la teinte violette, si profonde, est réservée à l'action de ce jour : vrombissant à 10 000 mètres d'altitude, soudain, un avion est apparu. Instantanément, cher lecteur, j'ai pensé à toi. Mes yeux se sont embrumés de larmes. Vue d'un certain angle, la petite atmosphère qui entoure mes globes oculaires, a dû, elle-aussi, projeter un arc-en-ciel.

Le 27, ce matin. 9h25. 13h55, là où tu me lis.

Un message de toi! Quelle joie! A haute voix, je l'ai lu à toute la maisonnée. Grâce à tes mots, nous t'avons tous très bien visualisé, marchant au milieu de cette Inde t'arrivant d'un coup, par ses odeurs et ses bruits. Et ce taxi! Un chauffeur nous emmène à notre logement, zigzaguant comme un fou sur la
route, klaxonnant sans arrêt, musique bollywoodienne à fond à l'arrière. J'ai le sentiment, qu'à lui seul, ce conducteur, a été le faire part de bienvenu, le welcome to India, que l'immense pays t'a envoyé. Nous embrassons tous très fort le Voyageur dont nous sommes heureux et fiers d'être les amis.

vendredi 23 février 2007

23

Bonjour à toi, cher visiteur ! Sois le bienvenu sur ce blog.

Rainbow's Arch a de la veine. Il apparait dans le ciel du web un 23. J'ai beaucoup d'affection pour ce nombre. Je sais pourquoi. Sans l'ombre d'une malédiction, gentiment, il accompagne ma vie depuis ma naissance. Il est présent dans le nom de la rue où se trouve ma maison natale. Toutes les fois où j'ai désiré qu'une personne m'écrive, en donnant mon adresse, j'ai dû prononcer son nom.

Pendant 23 ans, j'ai reçu lettres et colis, où le nombre XXIII était auprès de mon nom. Afin que les envois, le cas échéant, me reviennent et ne se perdent pas, des centaines de fois, au dos de mes lettres, j'ai écrit et réécrit ce chiffre de Vingt-Trois. Il s'écrit, se dessine. Il se voit. Tu peux aussi le prononcer, cher visiteur, en langue française ou anglaise et l'écouter vibrer dans l'air, autour de toi : 23. Sa mélodie est souvent négligée, parfois oubliée.

C'est une ancienne et mystérieuse sonate. Sa structure est fascinante, envoûtante, comme si une entité vivait dedans. Un jour, une femme m'en a donné le secret. 23 n'est pas seulement un nombre. C'est aussi une Lettre alphabétique. Tout un roman.



Dear visitor, good evening! Be welcome on this blog.

Rainbow's arch is quite fortunate. It appears over the web's sky on a 23rd. I am very fond of this number. I know why. Without the faintest of maledictions, since my birth it gently accompanies my life. It is present in my childhood house's street name. Everytime I wished for someone to write me I had to pronounce its name when giving my adress.

During 23 years I received letters and parcels on which the number 23 lied just above my name. Hundreds of times I wrote and rewrote it on the back of my letters, so they would not risk getting lost. It can be written or drawn. It can be seen. You can also pronounce it, dear visitor, in French or in English, and listen to its vibration in the air, surrounding you: 23. Its melody is often neglected, sometimes forgotten.

It is an ancient and mysterious sonata. Its structure is facinating, even bewitching, as if a living entity lied inside. One day a woman game me its secret. Not only is 23 a number. It is also an alphabetical Letter. A whole novel.